dimanche 2 mars 2014

L'EPAVE DU REMORQUEUR : UNE HISTOIRE MOUVEMENTEE !


Depuis quelques semaines, suite aux tempêtes hivernales qui ont déplacé les bancs de sable, l'épave d'un ancien remorqueur anglais a refait surface au milieu de la plage d'Equihen.

Par une belle fin d'après midi de ce début mars je suis allé à sa rencontre.

Pour l'observer il faut marcher en direction d'Hardelot pendant environ 1 km. L'épave se situe au milieu de la plage et est donc recouverte à chaque marée haute.

Précisions au sujet de cet article : Pour répondre à de nombreuses questions je tiens à préciser que les informations et photos d'époque du remorqueur sont le résultat d'un travail de recherche que j'ai effectué sur internet en février 2014 en consultant des archives anglaises consacrées aux naufrages et aux chantiers navals.
Suite à cet article j'ai été contacté par Mr Jean Pierre Ramet qui a également effectué des recherches sur ce remorqueur en 2004. Il m'a indiqué qu'on pouvait retrouver ces recherches dans "Boulogne et la mer Coureur de grèves N° 5 Aout 2004" et dans "Notes et documents Cercle historique Portelois Juin 2013".  
Ah oui, j'allais oublier ... La photo en bas de l'article est un photo montage que j'ai réalisé pour que le lecteur puisse se représenter le remorqueur au moment de son échouage ;-)


 
Au bout d'un quart d'heure de marche on commence à distinguer l'épave.

 
C'est entouré d'eau, sur le bord d'une bâche (ou baïne) que le remorqueur apparait. 

L'avant orienté vers Equihen est sous l'eau, alors que l'arrière est recouvert de sable.


Le remorqueur était propulsé par deux roues à aubes, dont l'une est encore visible ci dessous au 1er plan


Il reste une seule des nombreuses pâles en bois qui constituaient les aubes. La voici en détail.


Le remorqueur était un vapeur et c'est l'énorme chaudière ci dessous qui fournissait l'énergie pour faire tourner les deux roues à aubes.


Le soleil d'hiver accentue la couleur de la rouille.


Intrigués et attirés par cette forme visible de loin, de nombreux promeneurs font un détour pour s'approcher de l'épave. 


La nuit ne va pas tarder à tomber et la mer aura bientôt recouvert le remorqueur qui va une nouvelle fois s'endormir en rêvant peut être à la grande époque où il naviguait ...



Essayons de remonter le temps avec lui ...

Nous sommes le 09 mai 1883 ...

Ce jour là, les employés du chantiers naval T&W Toward à St Lawrence-on-Tyne ( Nord Est de l'Angleterre ) ont le coeur gros.

Ce qui aurait dû être un jour de fête, comme c'est le cas à chaque lancement de navire, marque en réalité la fin du chantier naval qui vient d'être déclaré en faillite.

C'est sous ces tristes auspices que le PRIVATEER est livré à William P Ching qui l'immatriculera à Swansea (Sud Ouest de l'Angleterre).

Mais penchons nous un peu sur les caractéristiques du navire.

Le PRIVATEER est un remorqueur à vapeur en acier de 29,5 mètres de longs (96,5 ft), pour 5,6 mètres (18,6 ft) au "maître bau" (plus grande largeur) et un tirant d'eau de 2 mètres 80 (9,2 ft).

Sa machine fabriquée par Hepple & Co fait tourner 2 roues à aubes. ( on retrouve ce principe encore aujourd'hui sur les bateaux du Mississipi)

Nul doute qu'en ce jour inaugural le PRIVATEER décoré de ses fanions et drapeaux devait avoir fière allure.

Aujourd'hui, ceux qui connaissent son épave échouée sur la plage d'Equihen depuis le début du siècle dernier se demandent à quoi il pouvait ressembler ...

Le voici, surgi du passé, sur ce cliché pris quelques années après son lancement.

Le Privateer qui repose depuis tant d'années devant Equihen a eu une vie bien mouvementée !

Il a changé plusieurs fois de propriétaires ainsi que d'affectation.

De la fin du XIX eme siècle jusqu'au début des années 1900 il a servi de transport de passagers et de bateau d'excursion.

Le voici chargeant des passagers sur des photos prises en 1890 à Bideford Quay dans le Devon (Sud Ouest de l'Angleterre).







Quelques années plus tard, ayant changé de propriétaire, on le retrouve à Boston ( Lincolnshire , Nord Est de l'Angleterre ).

Le voici en 1904 sur le fleuve Witham, devant le lieu dit South Terrace.
A cette époque il transporte des passagers pour le compte de la Boston Steam Tug Co Ltd et descend régulièrement le fleuve Haven.







Mais en 1912, à la suite du naufrage du Titanic, la législation en matière de transport de passagers a été durcie

Les nouvelles normes ont considérablement réduit la capacité de transport du PRIVATEER qui n'était dès lors plus rentable.


Le navire retourna donc à son activité première de remorquage.

C'est dans ce cadre qu'il provoqua accidentellement l'effondrement du pont de Town Bridge comme le rappel le cliché ci dessous.


Le début de la 1ere guerre mondiale le voit encore changer plusieurs fois de propriétaire.

Le navire sort indemne du conflit.

Mais le 23 décembre 1918 ( et non 1917 comme on l'a longtemps cru) , de retour du Tréport, en route pour Boulogne, il s'échoue sur la plage d'Equihen.

Son équipage sain et sauf trouvera refuge chez des commerçants du village. (Famille de Monsieur Hyppolite Fourrat)

On dit que les habitants ont récupéré une grande quantité de charbon stockée sur le bateau !

 En 1930 le peintre Frans Maserell s'est inspiré de l'épave du PRIVATEER pour peindre son tableau intitulé "Bateau à vapeur échoué ".


Durant la seconde guerre mondiale le remorqueur servira parfois de cible pour l'entrainement des soldats allemands comme en témoignent les impacts de balles visibles sur la chaudière.

Paradoxalement c'est le sable qui l'a retenu prisonnier lors de son échouage qui lui aura permis de traverser les décennies, apparaissant et disparaissant au grès des courants et tempêtes.

Si vous passez lui rendre visite essayez de l'imaginer ce jour de décembre 1918 quand il s'est échoué ...




ADDENDUM :

Le 30 mars, profitant de la présence du remorqueur Abeille Languedoc à l'ancre devant notre commune je suis retourné voir l'épave du Privateer.

Nul doute que si à l'époque le Privateer avait pû bénéficier de l'aide d'un navire aussi puissant que l'Abeille Languedoc il se serait vite tiré de ce mauvais pas.

Comme un hommage à un lointain ancêtre le remorqueur de haute mer chargé de la sécurité dans le détroit vient souvent s'ancrer à quelques encablures de l'épave.



Tandis que la marée recouvre l'épave du Privateer ...



l'Abeille Languedoc entrainé par le courant de renverse se tourne pour ne pas assister à l'engloutissement de son ainé.




Article publié par Yves        Photos Internet et Yves 

7 commentaires:

jeanpierreramet@orange.fr a dit…

Bonsoir : Voir mon article dans : --"Boulogne et la mer " Coureur de grèves N° 5 Aout 2004
et -- Notes et documents "Cercle historique Portelois Juin 2013 ou je parle de mes recherches sur ce remorqueur.
Jean Pierre RAMET

Yves a dit…

Bonjour et merci de votre visite.
Pouvez vous nous indiquer où l'on peut consulter ces ouvrages.
Cordialement Yves

Anonyme a dit…

Bonjour Yves , je viens de parcourir , ton article sur le remorqueur , félicitations pour ta patience pour tes nombreuses recherches , le montage de tes articles A bientôt MT
PS ; jolies tes photos

Yves a dit…

Bonjour MT, merci pour ta visite et pour ton commentaire très motivant !. A bientôt ;-)

Anonyme a dit…

Bonjour Yves j'ai adoré votre récit sur cette belle légende....Nous allons ce week end de pâques voir ce vestige.



LAURENCE LOBEZ a dit…

Bonjour Yves, sympa tes photos!! Laurence L

Yves a dit…

Bonjour Laurence, merci pour ta visite ! Au plaisir de te revoir ;-)

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